|
PROMENADE |
||
|
Novembre est le mois le plus merveilleux pour apercevoir une forêt qui agonise. La forêt est le paysage qui exprime cette agonie. Ce n'est pas une carte postale, ni une gravure qui exprimera véritablement ce passage de la mort, mais une promenade sur les lieux mêmes de l'acte puiqu'on y retrouve les preuves. Les lieux: tout simplement un bois dans les Laurentides. Dès qu'on y pénètre, on marche sur un tapis de feuilles mortes, celles-ci ont mis leurs plus beaux habits. Pour l'occasion, elles ont revêtu les couleurs du soleil sans oublier son coucher orange, rouge... Mais la mort en a surpris qui étaient encore en tenue d'été, leur robe couleur verte s'est défraîchie avec le temps. la mort ne s'est pas encore emparée de toutes puisque certaines sont encore rattachées à leur membre principal, le coeur. Ce coeur est l'arbre, celui-ci malgré son infirmité, arrivera à survivre jusqu'au printemps. Dénudé de sa personne, il triomphera du froid et de la grêle car Dame Nature l'a doté d'un immense courage. Quelques-uns seront emportés par la hache du bûcheron pour faire la joie des enfants, bien sûr, ils n'avaient point perdu leur feuillage, mais leur orgueil sera profondémment blessé puisque très vite ils seront oubliés. Les autres, qui étaient restés en leur forêt, auront constamment peur qu'un humain mette le feu par mégarde dans les dépouilles de leurs membres, car les flammes gagnent très vite le coeur pour le ronger jusqu'à ce qu'il ne lui en reste qu'un petit morceau. Et l'arbre devra survivre avec ce restant de coeur ou s'endormir à jamais dans la mort. Ce qui est décevant, c'est que l'oiseau qui avait bâti son nid parmi les feuilles, s'empresse de partir lorsque la neige recouvrit le tapis de feuilles pour la cérémonie mortuaire. Il n'est pas resté pour chanter la mort de ses amies. Il a fui vers la chaleur d'une autre forêt qui elle, n'agonise pas.
|
||