Période vécue entre le 26 juin 1994 et le 8 avril 1995

Lorsque je reviens de cette fin de semaine de réflexion, je ne suis pas encore sûre de ma décision, mais je parle à mon mari de séparation. Durant l'été nous allons faire du camping avec les enfants, mais cela ne me rend pas heureuse, en moi, c'est comme si déjà trop tard. Les pas qu'il fait pour moi, pour me faire plaisir, pour prendre soin de moi me  font me sentir prisonnière.

En juin j'avais décidé de ne pas retourner animer, de prendre une année sabbatique du scoutisme, lui veut y aller. Septembre est là, il manque une animatrice qui aura la charge de l'unité, quelqu'un avec expérience, afin que ma plus jeune puisse elle aussi faire son entrée dans le scoutisme, je me laisse gagner et je retourne animer avec lui. Ce fut une année assez difficile à vivre puisque j'étais fermement décidée à me séparer de lui.

Je constate que j'ai peur de la solitude, peur de ne pas trouver d'âme soeur. Vais-je être capable aussi de gérer les émotions des enfants suite à la séparation ? Aurais-je la patience, de l'énergie pour ça ? Je vais cogner à des portes, à des organismes, rencontrer des intervenants. Je désire des outils pour me comprendre , je veux me séparer mais j'ai des tas de peurs non identifiées.

La lecture du "Memorandum de Dieu" et d'autres pensées et affirmations positives agissent sur moi. J'écris beaucoup aussi, mon journal intime est le confident de tout ce qui se passe en moi, de mes analyses, de mes émotions, de mes peurs. je fais le pour et le contre, avantages et inconvénients sur le fait de rester avec lui, et je fais de même sur le fait de me séparer de lui. La balance est plus forte pour moi dans une séparation, j'ai ce besoin de me retrouver loin de lui.

La musique de Patrick Bernardth continue de m'ouvrir la porte de l'invisible.  Un soir, une boule de lumière entre deux mains m'apparaît en vision intérieure.  J'en parle avec la tante qui m'avait fait découvrir cela, elle me dit que c'est la lumière de Dieu qui attend que je lui ouvre ma porte. Vision suivante, je dis oui à cette boule de lumière, je la vois s'agrandir jusqu'à m'envelopper complètement. Je pleure de joie, j'ai la sensation d'avoir retrouvé le contact avec cette puissance, cette foi en une force suprême que j'avais reniée en reniant l'église catholique de par sa bible suite à ce qui était arrivé pour le prénom de mon fils.

Je parle avec mon mari, nous attendrons après les fêtes de Noël pour parler aux enfants et faire chambre à part, afin de les préparer à la séparation. Je lui donne jusqu'en juillet pour quitter la maison, je donne ce temps afin de lui permettre aussi de se préparer à cette séparation. Nous prenons entente pour la maison, je la garde pour l'instant afin de ne pas dépayser les enfants plus qu'il ne faut, et d'ici quelques années, je lui rachèterai sa part de celle-ci.

Pour lui, c'est tout ou rien, si on se sépare, on ne revient pas ensemble. Pour moi, c'est un besoin vital que d'être seule.  La co-habitation n'est point facile, le piège de retomber dans une forme de chantage affectif est grand. 

Je prends une journée pour suivre un atelier, "prendre soin de sa santé mentale, de soi".  En discutant avec les autres du groupe, je vois le travail déjà accompli en moi. On me demande de me représenter à travers un macaron, une image. Je fais un pilier avec double base, c'est du solide. Je constate alors que moi qui me croyais faible, dépendante du soutien d'un homme, durant mon mariage, c'était moi le pilier de la famille. J'étais beaucoup plus forte que j'avais pu le croire dans le passé.

Un soir, il me demande si on peut quand même faire l'amour, il sait pourtant que je l'aime pas; je me sens  salie, comme une prostituée, je dis non. Le lendemain il me téléphone du travail, me fait chantage au suicide, il est désespéré de me perdre, il panique ainsi, il est malheureux. Je le comprends mais je m'affirme aussi et dit NON à cette forme de chantage.

Une amie est à mes côtés, elle m'ouvre la porte des rêves, de recevoir des réponses à travers ceux-ci.

Première question avec ce procédé:  Suis-je prête à me séparer et si oui, qu'est-ce qui me bloque encore?

Rêve:  Je suis dans une autre maison avec mes  deux filles et je vois mon fils qui s'en va dans une autre, je lui crie que je suis là mais il m'entend pas.

Interprétation:  Je suis prête pour la séparation, ce qui me bloque c'est une crainte face à mon fils. Je l'identifie, crainte que celui-ci tombe dans la délinquance.  J'ai donc à travailler ça en moi.

Deuxième question peu de temps avant de faire chambre à part, on est déjà fin janvier et je constate qu'avec la St-Valentin qui approche, cela peut amener confusion, je crois aussi qu'il  n'accepte pas encore l'idée de la séparation.

Suis-je prête à faire chambre à part et si oui quels sont mes blocages ?

Rêve:  Dans la voiture avec mon mari, celui-ci est assis sur le siège avant et moi sur celui d'en arrière.  Je lui indique avec ma montre, qu'il est l'heure d'aller chercher notre fils, de ne pas l'oublier.

Interprétation: Je suis prête, la peur pour mon fils  me bloque encore un peu.

Je débute aussi la lecture de  deux volumes sur "Écoute ton corps", "Qui es-tu?" de Lise Bourbeau. Je comprends alors en regardant mon passé, beaucoup de schémas de pensées, de croyances en moi qui m'ont amenée là  où j'étais, mes blocages psychologiques aussi.  J'identifie plusieurs peurs. J'apprivoise ma solitude en m'offrant des moments seule au restaurant. 

Je continue à m'ouvrir à cette nouvelle lumière intérieure en moi, à m'en imprégner. Parfois je tourne en rond dans mon cheminement. Pas évident de vivre avec quelqu'un quand la séparation est déjà presque là.

Février est là, je ne crois pas qu'il admette la séparation, il espère encore que je change d'idée. je remets donc en discussion de faire chambre à part pour  préparer les enfants aussi. En même temps, je suis sur un projet gouvernemental afin de favoriser le retour sur le marché du travail pour les femmes qui sont à la maison depuis des années. Une force du groupe s'installe, des liens se créent entre les 15 femmes présentes.

Mon mari n'arrive pas à gérer ses émotions, la situation, il n'est pas là pour annoncer la décision de la séparation aux enfants. Nous faisons chambre à part. Je me sens respirer mieux, ma chambre devient mon lieu à moi, je m'y réfugie souvent les soirs et fins de semaine. À travers ce que j'apprends face à mes peurs et mes émotions, je tente d'aider mon mari à  se comprendre dans ce qu'il vit. Je gère mes émotions, celle des enfants et celles de mon mari.

Il m'annonce qu'il partira avant juillet, quand ? je le sais pas, il ne me donne aucune date.  Je vis incertitudes, peurs, car je sais aussi toutes les démarches que j'aurai à entreprendre, surtout que j'ai décidé de ne pas retourner travailler pour l'instant, de passer du temps avec les enfants afin de les aider suite à la séparation. Attendre septembre pour un retour au travail. Je sais ce que j'ai à faire à son départ, je me suis déjà renseignée.

Nous préparons la liste  face à la séparation des biens, le montant de la pension alimentaire, je demande peu, je ne veux pas lui faire de tort, je désire surtout me séparer de lui. On regarde aussi les temps avec les enfants, la maison, etc. Tout se fait à l'amiable.

Mes cours sont terminés, je quitte le groupe tout en restant en contact avec plusieurs femmes, j'organiserai même des rencontres au restaurant.  Avec plusieurs j'ai échangé, discuté sur nos cheminements propres, sur l'invisible, sur l'énergie, sur la force des pensées positives.

J'ai aussi compris à travers ce cours que j'avais arrêté mes études à 18 ans par peur de ne pas atteindre  les seuils d'attente que je  croyais que mes parents avaient envers moi. Peur de rester première de classe, que ce soit trop difficile.

8 avril, mon journal intime racontant ma prise de conscience, mon r-éveil, ma reprise en main de ma vie, se termine, j'en achète un autre. C'est aussi le jour où mon mari quitte la maison, emménage dans son appartement.

Enfin, je suis seule, je respire. Il y a trois de mes amies avec qui je peux communiquer si je me sens mal. Non, tout va bien, je m'observe tout au long de cette première soirée. Un de mes enfants est  couché au deuxième étage, les deux autres ont décidé de coucher chez leur père.  Je me sens vraiment bien, aucune peur en moi, aucun regret. Je suis sereine, un état d'âme que je n'avais pas vécu depuis des années.  Je me sens libre.

Je me sens renaître à la vie.

© lumdam 2001