GABRIELLE

Je ne peux parler d'elle en tant que guide sans parler d'elle de son vivant, de ce que j'ai connu d'elle.  Joyeuse, boute-en-train, ayant une volonté, une soif de vivre, un moral qui lui permettait de passer à travers les épreuves de la vie en gardant cette joie au coeur.  

Fille de famille aisée, elle a épousé mon grand-père qui était simple travailleur. Ils ont réussi à construire leur maison dans le village de l'Épiphanie et y loger leur famille.  Ma grand-mère a mis au monde 14 enfants. Le dixième s'est révélé être des jumelles.  Tous sont venus au monde à la maison, sauf le dernier qui n'a vécu que 2 mois environ.  Ma mère est l'aînée tout comme je suis l'aînée des petits-enfants.

C'était toujours une joie pour moi d'aller chez mes grands-parents maternels, je m'y sentais bien.  Souvent ma grand-mère me faisait un dessert que j'aimais beaucoup,  un gâteau aux épices avec glaçage à l'érable. Elle le faisait cuire sur un vieux four à bois.

Mes grands parents étaient peu fortunés, mais l'amour, la joie, les chansons, le respect et l'égalité régnaient au foyer.  Mes oncles faisaient autant la vaisselle que leurs soeurs.  Lorsque j'allais passer des vacances, j'aidais ma grand-mère à laver le linge et le passer dans le vieux tordeur de l'époque.

Entre ses diverses grossesses, ma grand-mère a connu plusieurs opérations.  Pour elle, c'était alors un temps de vacance, un temps où elle se faisait dorloter et servir à l'hôpital.

J'ai toujours connu ma grand-mère qui, hiver comme été, partait au village chaque jour pour se promener et aller dire un bonjour à plusieurs personnes au passage.  Elle marchait ainsi entre 1 et 2 km par jour.

Lorsqu'elle venait chez moi pour des vacances ou pour garder suite à l'absence de mes parents, c'était  des soirées, avec mon frère Raymond, à jouer aux cartes et remplies de fous-rire.  Car voyez-vous, ma grand-mère adorait prendre des intonations de voix de divers peuples.  Parler à l'italienne, la russe, la chinoise, etc, et mon frère y mettait du sien aussi. 

J'ai vu ma grand-mère suite à une opération ou une fracture de la hanche, les médecins lui ayant donné plusieurs mois avant qu'elle remarche vraiment, se remettre à sortir au village presque aussitôt son retour à la maison, et cela même avec une marchette. Ça, c'est ce que j'appelle une grande force.

Ma mère me racontait que ma grand-mère adorait aller aux kermesses régulièrement.  À l'époque, les prix étaient des objets de maison.  Lorsque ma grand-mère arrivait là, elle regardait les objets dont elle avait besoin et elle les gagnait.  Elle avait cette foi en la vie et sûrement que la pensée positive, la visualisation créatrice étaient en elle, même si à l'époque c'était peu répandu.

Je parlais beaucoup avec elle de faire des études universitaires, que j'aurais tard mes enfants.  Elle me promettait alors d'être encore là pour les voir et les prendre dans ses bras.

En début d'hiver 1980, mon grand-père du entrer d'urgence à l'hôpital.  Ma grand-mère a eu des problèmes de coeur et une phlébite, elle est aussi entrée au même hôpital.  Les médecins lui ont alors dit qu'elle devrait absolument rester chez elle, tranquille, sans sortir, pour quelques mois.  Cela la condamnait à rester enfermée.  Dès qu'elle a su que mon grand-père allait beaucoup mieux et de retour à la maison, elle s'est éteinte doucement dans son sommeil.  C'était en mars 1980, elle avait 63 ans.

Ce fut un choc terrible pour moi lorsque j'ai appris son décès.  Il y avait aussi de la colère en moi.  Colère, car elle trahissait ainsi sa promesse d'être là pour mes enfants.  Surtout que je venais de me fiancer et je fixais la date du mariage.  Ce fut décidé, mon premier enfant aurait son prénom, qu'il soit garçon ou fille.  Ce fut une fille ma première-née et elle est aussi boute-en-train que ma grand-mère.  Pendant plusieurs années, je pensais à elle et ma déception était encore là, la colère s'atténuait.

Une chose que j'ai bien dit à mes parents, ne promettez jamais quelque chose dont vous ne savez point si cela se fera.  Ça fait trop mal à l'autre quand arrive une situation comme un décès.

En mai 94, après avoir vécu les retrouvailles avec les cadets, ma grand-mère a pris contact avec moi à travers un rêve.  Je m'étais questionnée sur ma vie, quitter mon mari, je me voyais vivre avec cet ami retrouvé.  Dans mon rêve, je ramassais des séries de casses tête afin de les ranger.  Elle m'y disait que je ne pouvais pas tout ranger puisque certains n'avaient point été complétés.  J'en déduisis que je ne pouvais me séparer tout de suite, qu'il me fallait compléter certaines étapes avant.

J'ai beaucoup parlé avec elle, je lui ai dit comment je m'étais sentie lors de son décès.  Procéder pour moi aux étapes de pardon.  De guérir en moi cette blessure datant déjà de plusieurs années.

Par la suite, je lui parlais à l'intérieur de mon jardin secret.   Elle m'apparaissait  en rêve ou à travers des visions.   Lorsque je me questionnais sur le chemin à donner à ma vie, elle me remettait face à moi-même, me conseillait, me guidait.

En décembre 1998, après avoir fait la lecture de 2 livres de Kreyon, je demandai à recevoir l'implant neutre.  Cela impliquait aussi de laisser partir ma grand-mère et que de nouveaux guides arrivent.  La demande fut faite. Quelques temps après Emmanuelle arriva ainsi que Manuel.  Malheureusement je manquais de confiance, je ne les connaissais pas autant ces nouveaux guides.  J'avais tendance à rappeler à moi ma grand-mère, avec elle je me sentais en sécurité, confiante.

Elle revenait alors me parler.  Un an plus tard, alors que je me sentais bien avec un autre  nouveau guide, Nathaniel,  que je prenais de plus en plus confiance en mes capacités intérieures,  je la laissai partir pour vrai.  Je la croyais enfin,  que là où j'étais rendue dans mon cheminement, elle ne pouvait plus m'aider.  C'était à moi de l'aider en me détachant d'elle pour la laisser  continuer sa propre évolution dans la lumière.  Ce jour-là, fut  grande joie.  Elle était heureuse du pas en avant que je faisais.

Par la suite, elle est revenue à quelques occasions, surtout lors de moments où tous mes guides se réunissaient pour fêter une initiation, ou une grande victoire personnelle que je faisais dans mon évolution. Mais jamais plus, ce fut moi qui la demandais.  Alors lorsque je la voyais, c'était aussi une grande fête intérieure pour moi.

Grand-maman Gabrielle, tu m'as accompagnée pendant 5 ans, tu fus une guide merveilleuse pour moi et de ton vivant et dans l'invisible.  Je t'en remercie du plus profond de mon être. Que ton propre chemin de lumière soit merveilleux.  Je t'aime.

Quand je disais qu'elle était boute-en-train,

je racontais pas des blagues.

Non mais, regardez-la bien.

Avez-vous bien vu ses yeux pétillants ?

Avez-vous senti  l'enfant en elle ?

Grand-maman Gabrielle, je t'aime

© lumdam 2000