Ma Vie Adulte

18 ans, au sens de la loi, je suis majeure, adulte.

Ce dernier été avant mes 18 ans,  j'ai travaillé comme secrétaire au bureau de mon père.   Septembre est arrivé et j'ai décidé de rester dans le monde du travail plutôt que de continuer mes études.  Il y a 6 ans,  j'ai compris ce qui en moi, inconsciemment, avait bloqué pour cet arrêt d'école.

Je fréquente beaucoup les discothèques,  j'adore danser.   Les premières fois,  je fus craintive,  je passais des soirées au restaurant attenant,  jusqu'à ce que je fasse connaissance avec le portier.  Cette crainte en moi était face aux gens saouls, de me faire "accrocher".  Enfant,  je détestais le temps des fêtes lors des grandes rencontres familiales à cause des oncles un peu trop collants sous l'effet de l'alcool.

Vrai que chez moi, mes parents ne prenaient aucun alcool.  Celui-ci fit son apparition à la maison quand j'ai eu 13 ans, lors de l'entrée de mon père dans le monde des affaires.  Nous avons alors appris à boire avec modération.

À la discothèque, j'y étais quatre soirs/semaine,  j'ouvrais et je fermais l'endroit.  Je m'y suis fait des amis(es),  j'y ai aussi vécu des aventures.

19 ans,  j'y rencontre un gars de Valleyfield  qui demeure chez son frère dans la ville voisine pour son travail.  Je tombe amoureuse, 1 mois plus tard,  je vais habiter avec lui.  Le jour de l'anniversaire de ma mère,  je quitte le toit familial.

Rébellion? Désir de ne plus être sous l'autorité parentale?  En tant qu'aînée,  je me devais de donner un certain exemple à mes frères,  surtout qu'un 3e venait d'arriver.

J'avais 17 ans quand ma mère a su qu'elle était enceinte,  une surprise que cet enfant-là.  Le jour de sa naissance en mars 77,  j'ai pleuré en sachant que c'était un garçon,  je désirais une soeur.  Mais lorsque je l'ai vu et pris dans mes bras,  ma joie fut plus grande que ma peine.  Un bébé à aimer et à dorloter.

Donc, septembre 1979,  je pars en appartement avec mon amoureux.   J'apprend à gérer cette vie à deux, à accueillir et accepter sa famille, ce qui est difficile pour moi, car la plupart  boivent beaucoup ainsi que mon copain.  J'ai peur quand les gens sont dans cet état,  violence ressort.  Je vis aussi de merveilleux moments avec lui, nous sortons, allons à la plage, nous balader en voiture,  j'adore ça.

L'hiver avec lui, j'apprends à me balader en motoneige,  j'aime ces trajets à travers les forêts et campagnes,  les arrêts dans les relais pour se réchauffer et manger.  J'aime moins lorsque nous avons à traverser les rivières gelées.

J'ai une crainte de l'eau,  d'être sur l'eau, celle-ci a débuté à mon adolescence, alors que 2 étés de suite je n'avais pas le droit de me baigner à cause d'une forte sinusite à 13 ans et d'une pneumonie à 14 ans et l'été de mes 15 ans,  un ami d'enfance, Sylvain, est mort lors d'un camp scout, tombé en bas d'une falaise dans des chutes d'eau.

Cela fait 8 mois que je vis avec cet homme,  j'ai de plus en plus de difficulté à gérer ses états de boisson.  Mon corps me le dit aussi,  j'ai des douleurs énormes au ventre.  Je passe des examens médicaux.  Je prends aussi la décision de le quitter.  J'ai à voir si mes parents peuvent me reprendre, et à ne plus avoir ma part de responsabilités au niveau de l'appartement.  On prend une entente via des effets de ménage qu'il m'achètera.

Avril,  je le quitte et tous mes malaises physiques cessent.   Suis donc de retour chez mes parents dans une autre chambre et je recommence à sortir dans les discothèques.  Six mois plus tard, un soir que j'étais dans un état dépressif,  je croise le frère d'une amie, il m'amène dans une autre discothèque,  prends soin de moi.  On va ensuite discuter des heures chez lui et je reste à dormir.

Voilà,  je suis amoureuse à nouveau.  Un mois plus tard,  j'emménage avec lui tout en lui disant que je ne désire point faire des projets d'avenir, je suis sans emploi car j'ai quitté le bureau de mon père.  Pas toujours évident de travailler en famille.  Je lui signale que je suis quelqu'un de dépendante,  lui me dit être indépendant.

C'est la nouveauté,  les moments de passions, en janvier,  je trouve un nouvel emploi,  un remplacement pour un congé de maternité.  Je travaille le jour et lui le soir.  On ne se voit que le midi et les fins de semaine.

14 février,  j'arrive pour le repas du midi et une bague de fiançailles m'attend.  C'est la première fois qu'on m'offre le mariage.  Je sais que je veux avoir des enfants dans ma vie et me marier.

Mars 80, ma grand-mère maternelle Gabrielle décède.  Le jour de l'enterrement, colère en moi, elle m'avait promis depuis mon enfance qu'elle verrait mes enfants.  Je viens de me fiancer et elle meurt.

Les préparatifs du mariage débutent, nous changeons aussi d'appartement au 1er juillet.

En moi a disparu depuis un temps déjà, la passion envers lui.  Je ne suis pas sûre de l'aimer.  Je demande une fin de semaine de réflexion, nous sommes à 2 mois du mariage.  Il pleure, il craint que je le trompe durant ce temps suite à son vécu avec son ancienne fiancée.  Je ne veux pas qu'il ait de peine, qu'il doute,  je plie et je reste.  Je me dis que c'est sûrement moi qui suis incorrecte de penser ainsi, de douter ainsi de mon amour pour lui.  Et puis, que vont penser la famille,  les autres? Deuxième fois que je vis avec un homme, arrêter tous les préparatifs.  Je l'aime sûrement puisque j'ai dit oui à l'épouser.

Septembre 80,  jour du mariage,  nous partons ensuite quelque jours en voyage de noces aux Chutes Niagara.  Ce voyage n'est pas fait d'heureux moments continuels,  je suis triste,  mais je ne sais pas pourquoi.  Je me parle souvent,  je me dis que ça va passer, que je dois l'aimer.

Juin 81,  je donne naissance à ma première fille, elle porte le prénom de ma grand-mère maternelle et  je retourne travailler.

Juillet 82, c'est l'achat pour une maison.  Il y aura beaucoup de travaux à y faire mais la base est en bon état et elle est logeable, son prix minime en vaut les efforts.  Mon frère et sa copine peuvent même venir y loger au sous-sol car l'appartement est déjà là.  Nous avons aussi droit à des subventions gouvernementales pour aider les familles à avoir leur maison.  Nous recevons l'aide de nos familles respectives pour la main-d'oeuvre des travaux urgents.  Nous décidons aussi d'avoir un deuxième enfant.

Avril 83, mon fils fait son entrée dans la famille,  il se prénomme Raphael,  mais seulement pour quelques jours,  car dans la famille de mon mari quelqu'un ne veut pas.  Ce serait dans la bible, le nom d'un archange déchu.  Je vis une semaine de colère intérieure pour ensuite plier,  il changera de prénom.  Par la suite,  retour au travail, car mon mari a des problèmes avec son dos suite à des accidents de travail,  il fait des hernies discales.

Ma tristesse est toujours en moi.  Je me sens de plus en plus incorrecte, aucune passion n'est revenue,  ni même désir d'être avec lui.  Le dialogue est presque inexistant, quand je me confie à lui, j'ai la sensation que je suis incorrecte, que mes états d'âmes sont rien à côté des siens,  j'ai à le comprendre.  Alors de plus en plus je me tais sur ce que je vis.  Aussi pour lui,  la famille que nous formons est super importante.  Depuis ma deuxième grossesse,  je suis restée avec un surplus de poids, et ça continue à augmenter doucement.

Les périodes de temps entre, être à la maison avec les enfants tout en gardant d'autres enfants et les retours sur le marché du travail pour apporter des revenus supplémentaires et lorsqu'il est en arrêt de travail, sont en alternance.

Autant ma fille demandait peu d'attention, une enfant facile, autant mon fils en demande beaucoup.  Il n'aime pas être seul, on se doit de l'occuper, de l'amener à des jeux.  Il est aussi considéré comme un enfant " Tefflon", un enfant sur lequel rien ne colle, aucune conséquence a du poids.  C'est aussi une longue suite de gardiennes à la maison pour quand je travaille à l'extérieur jusqu'à ce que j'en trouve une qui les gardera chez elle.  Comme mon fils demande beaucoup, nous attendons qu'il ait 3 ans et soit en âge de comprendre pour décider d'avoir un troisième enfant.

Avril 87 arrive ma deuxième fille.  C'est une enfant aussi facile que sa soeur.  Une chance, car j'ai aussi choisi de rester à la maison et de me trouver un emploi à la maison.  Je regarde les emplois disponibles selon mes compétences, mes capacités.  Depuis la naissance de mon fils, comme loisir, j'ai réussi à devenir conseillère en peinture sur tissu,  j'adore, pour moi c'est m'amuser comme à colorier.  Déjà je faisais tous les vêtements des mes enfants et surtout du fiston qui porte du sur mesure, et avec la peinture sur tissu,  j'agrémentais leurs vêtements de dessins suivant leurs goûts.

J'achète donc après quelques semaines d'essai, une machine à coudre industrielle et je travaille alors à la maison pour des manufacturiers.  Mes journées débutent avec le réveil des enfants pour se terminer vers 22h le soir, cela incluant les jours de fin de semaine.  En même temps, au fil des ans, j'aide mon mari comme je le peux lors des périodes de rénovation sur la maison.

Au bout de 18 mois de ce travail,  je suis épuisée.  Je m'arrête pour un temps, je recommence et quelques semaines après je dois m'arrêter,  je n'ai pas retrouvé vraiment toute mon énergie.  Je décide donc, que l'on apprendra à vivre avec juste son salaire.  Mes enfants ont besoin de mon énergie, surtout qu'avec mon fils, il faut déployer des trésors d'imagination pour l'encadrer et l'aider à assumer les conséquences de ces gestes.  Ses débuts à l'école ne furent point faciles, car le professeur le prend en grippe du fait qu'il veut trop savoir et est un enfant qui a besoin de bouger.  Il a aussi de la difficulté à se créer des amitiés avec ceux de son âge.

Au fil des ans, j'ai connu des moments où j'ai voulu en finir, je ne voyais aucun espoir immédiat d'avenir meilleur, de trouver le bonheur.  Petit à petit j'avais perdu toute confiance et estime de moi, je me considérais comme quelqu'un de nulle, sans qualités.  Ce qui me forçait à tenir le coup, c'était la pensée de mes enfants.

Depuis la naissance de ma première, il m'était arrivé quelque fois de penser à me séparer,  mais je rejetais presque aussitôt l'idée pour les enfants et en me disait que c'était moi qui avait quelque chose de travers.

Septembre 89,  j'inscris ma grande dans le mouvement scout,  je connais ce mouvement puisque je fus jeannette dans mon enfance.  Il manque de bénévoles pour l'unité de ma fille comme je fus animatrice durant mon adolescence,  je me porte volontaire.  Ce furent des années où à travers les moments de présence avec ceux de ce mouvement,  je retrouvais une certaine joie de vivre,  joie de chanter,  relever des défis,  je me sentais quelqu'un enfin dans le regard des ces jeunes et adultes.

Été 91, lors d'un camp scout,  j'ai un coup de coeur pour un animateur du site,  je me sens en sécurité auprès de lui, comprise dans mes craintes pour les enfants dont j'ai la responsabilité.  Je sais qu'il n'y a point d'avenir possible,  mais cela réveille la rebelle en moi.

Je demande donc à mon mari des temps à moi, des moments de réflexion,  j'ai besoin de sortir, de danser, de m'amuser,  je le fais avec mes belles-soeurs.  Mon mari prend un peu plus soin de moi, il a peur que je le quitte.  Un soir, alors que ses émotions le faisaient paniquer,  il discute de son futur départ avec les enfants, en mettant cela à l'extrême, comme quoi ne les verrait plus.  Le lendemain, à mon réveil,  j'ai trois enfants en pleurs qui me disent que je suis méchante, qu'ils ne verront plus leur père, etc.  J'arrête là ma rébellion et reprends mon rôle d'avant pour ne pas faire de peine à mes enfants, afin que ceux-ci continuent d'être avec leur père.  Je reprends aussi ma destruction comme quoi je suis incorrecte d'avoir songé à cela.

Mon mari n'aime pas le temps que je passe avec les scouts dans diverses réunions, ne me soutient point quand surviennent des difficultés avec d'autres adultes, mais je tiens mon bout, je poursuis ce bénévolat.  J'ai besoin de ce mouvement,  j'y ai des amitiés qui me comprennent,  m'estiment et me soutiennent.

Quelques temps après, on constate que la plus jeune n'entend plus avec son oreille gauche.  Ce sont les visites chez médecin et spécialistes pour se faire dire que le nerf fut attaqué par un virus, verdict: surdité totale de cette oreille, rien à y faire médicalement,  juste lui donner des outils d'adaptation afin d'utiliser au maximum son autre oreille.

Le temps passe ainsi,  je suis bénévole à l'école des enfants.  J'anime l'heure du conte des touts petits de la maternelle et suis sur le conseil-parent pour l'école des plus vieux.

Mai 94, retrouvailles avec les cadets et cadettes de mon adolescence,  regards sur qui j'étais, sur ce que j'étais devenue; terne, triste, malheureuse, destruction d'une grande partie de mon estime personnelle et manque de confiance en mes capacités, aucun but d'avenir sinon le divorce après le départ des enfants de la maison.  Tenter de survivre en attendant.

Juin 94, éveil à l'invisible et reprise en main de ma vie. 

Était venu le temps, le moment de renaître de mes cendres.

Choisir d'être heureuse.

Le début de mon cheminement.

© lumdam 2001